Sur certains noms de certains lieux vicois

Les bourgades d’Occitanie – et Vic ne fait pas exception – offrent des toponymes fleurant bon la langue originelle, la langue d’òc. Même francisés, ils peuvent sembler mystérieux.

De notre Gardiole dont le nom fut accolé à celui de Vic en 1914 – on dit qu’elle est la « gardienne des vents ». Elle garde Eole ? Issue sans doute d’une proximité de sons avec le nom du dieu des vents, cette appellation poétique a le mérite d’inviter à la rêverie mais il y a toutes les chances pour que gardiole (il en existe plusieurs en France) désigne un poste de surveillance en un lieu élevé. La Gardiole jouait depuis toujours un rôle de frontière naturelle et de zone de passage, aussi l’évêché de Maguelone y avait-il vraisemblablement installé un poste de garde, les évêques étant au XIVème siècle, seigneurs de Vic, Mireval, Villeneuve, etc.

Passons ensuite aux Plans. Un « plan », qu’es aquò, qu’est-ce que c’est ? Dans une ville ou un village, un « plan » est une place, soit petite soit de taille moyenne (cf le Plan Cabannes à Montpellier). A Vic, quand on disait « le Plan », c’était celui du boulevard, sinon on précisait en fonction du bâtiment (plan de la Cure) ou des résidents : ainsi le plan dit « de Simonnet » près de la salle des fêtes et le plan dit «d’Anique », devenu plus tard officiellement plan du château.

Puisque nous en sommes aux places, faisons un sort au « récantou de la blaguette ». Un récantou (écriture française de « recanton ») c’est un recoin. Le récantou de la blaguette, c’est le recoin pour le menu (et gentil) bavardage… A Vic, « blaguer » ce n’est pas débiter des plaisanteries mais parler de tout et de rien, bavarder.

L’ « Embut de los repotegaires » vous interpelle ? Autrefois, la grande place du marché et le parvis de l’Office du Tourisme n’existaient pas : le boulevard circulait, rectiligne, du tournant après le Monument aux Morts jusqu’au mas de Jacquet. A l’endroit de cet « embut », était une sorte de couloir, de passage, en forme d’entonnoir, d’« embut » en òc. De grâce, ne dites pas « anbu », prononcez bien « inbuttt dé lousss  répoutégaïresss »! Y en avait-il réellement, des repotegaires, des râleurs ? Plus vraisemblablement, on aura voulu gentiment moquer le bougon impénitent (appelé aussi romegaire,  roumégaïre), ce ronchonneur vicois bon enfant, qui refaisait le monde en rouspétant, avant d’aller soit travailler soit jouer aux cartes ou à la pétanque…

Parmi la cohorte des vents du sud, on en connaît au moins deux, le Mistral et la Tramontane. Ils ont leur rue à Vic. La rue du Labech, elle, est dédiée à un vent du sud ouest mais prononçons bien » labètch » et non « labêche » : on n’y retourne pas la terre.

D’aucuns, longeant le Clos de Vic, emprunteront ensuite le chemin des Bordes. Une borde  c’est une ferme (« bòrda » en òc). Pourquoi des  bordes ? Mystère !

La voie qui part du Puits Neuf et monte lentement vers le Mas Neuf, a pour nom rue des Cresses. Ce n’était autrefois qu’un étroit chemin entre des vignes, bordé de câpriers mais il portait déjà ce nom. Les cresses ou creisses (« cressas ») sont des terrains pierreux ; ainsi est évoquée la qualité du sol.

Avec la naissance de nouveaux lieux d’habitation vint la nécessité de nommer de nouvelles rues, dont, par exemple, celles (de la) Farigoule et Lou Félibre (« lo felibre »).

La farigoule ou friboule ou frigoule (farigola, fribola, frigola) est une plante odorante et fort appréciée dans la cuisine méditerranéenne : le thym.

Le félibre (felibre) lui, n’est pas une plante mais, en Provence, un écrivain de langue occitane. Le Félibrige, Felibritge en òc avec majuscule s’il vous plaît, né dans le dernier quart du XIXème siècle, est un mouvement voué à défendre et promouvoir la langue et la culture d’Oc et dont la figure emblématique fut Frédéric Mistral. Pour lui, pour Roumanille et les autres écrivains, la langue utilisée est le provençal, une des variantes de la langue d’òc. Définissant le nom « félibre », Paul Ruat a dit : «  (…) un félibre est un patriote régional qui aime son pays et qui cherche à le faire aimer; un félibre est un ouvrier de la plume et de la parole qui prend plaisir à parler la langue de son enfance que parlaient ses aïeux ; un félibre est celui qui fait valoir et connaître nos célébrités locales, nos artistes de la truelle, de la scie et du pinceau, afin qu’un rayon de ces gloires du terroir rejaillisse sur la France, pour que la grande patrie soit toujours plus belle, plus forte, plus unie. » Pas beau ? Et on « roumèguerait » contre ces Occitans qui, « dans la grande patrie », veulent donner sa légitime place à la lenga nòstra !

Certains chemins vicois portent des noms « pittoresques » qui me demeureront, hélas, mystérieux jusqu’à ce qu’un lecteur averti ne me sorte de mon ignorance, tels ceux des Cagaraches, des rocagnas, des cabanis, du raoussel… Mais celui de la jasse des chèvres, c’est celui de la bergerie des chèvres (la jaça de las cabras) et celui d’Aiguebonne, celui de la bonne eau (aiga = eau). Comme quoi, jadis, on ne pensait pas qu’au vin…

Passons à la condamine : ce nom évoque une terre proche d’un château et exempte de charges, una condamina. Il en existe dans plusieurs bourgs et non loin de nous, à Villeneuve.

Terminons par la zone des Masques. Si vous croyez y être au carnaval perpétuel, raté ! Quoique… Dans les parlers provençal et languedocien, la masco est une sorcière, une jeteuse de sorts ( N.B. : c’est aussi, à Alès, une femme laide, vieille et méchante tout pour plaire , en Auvergne une prostituée et à Béziers un nuage annonçant la pluie). Être « emmasqué » (emmascat) c’est jouer de malchance, avoir l’impression d’être la proie d’une « sorcière » (pas forcément surnaturelle), d’être victime d’un mauvais sort, bref, avoir la poisse, le guignon. Aurait-on dédié un lieu aux mascos pour conjurer le sort ? Vai te’n saupre… Va savoir…

Fin-finala, reconnaissons tout de même que nous sommes loin de subir les assauts de l’adversité, nous qui avons choisi notre cher village comme lieu de vie…

                                                                                                                                                                                                                                                           F. P-L

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