11 novembre 1918 : armistice. Hommage aux Poilus

Le 11 novembre 1918, en forêt de Compiègne, l’armistice de la Grande Guerre était signé : défaite de l’Allemagne, victoire des Alliés, fin des combats. C’était il y a cent ans.

Le 11 novembre 1918, de joyeuses notes d’airain s’envolaient : les clairons sonores s’époumonaient et les clochers de France sonnaient à toute volée. C’était il y a cent ans.

Le 11 novembre 1918, enfin les armes se taisaient… Pendant quatre longues années, l’Europe avait été ravagée, mise à feu et à sang. C’était il y a cent ans.

C’était hier…

« Les vérités profondes de la guerre, elles sommeillent à jamais dans les dix millions de crânes enfouis sous les champs de bataille. Les morts seuls savent quelque chose. Les survivants étreignent de précaires souvenirs que tout conspire à défigurer et à dissoudre. »  écrivit Georges Duhamel.

Sans chercher à analyser ce qui devait être « la Der des Der », du moins pouvons-nous rappeler qu’en nombre presque égal, s’étaient jetées les unes contre les autres des multitudes de soldats, rappeler que cette guerre se soldait par un bilan terrible en termes de pertes humaines, un bilan absolument terrifiant.

L’Europe sortait exsangue d’un conflit des plus sanglants.

En tout, dans le monde : 21 millions de blessés et près de 19 millions de morts dont 9 millions 700. 000 militaires et près de 9 millions de civils !

Notre pays était le plus touché.

La France avait perdu plus de 10% de sa population masculine active : 1.400.000 personnes étaient mortes ou disparues, soit plus de 900 Français par jour ! On ne comptait pas moins de 3. 600. 000 blessés…

A Vic, alors petit village de moins de 450 habitants, ils furent 16 à ne jamais revenir. Trois d’entre eux s’appelaient Jean, deux Joseph et les autres avaient nom Fernand, Lucien, Roland, Hubert, Raymond, Alexandre, Louis, Henri, Jules, Albert et Eloi…

En France, on déplorait 700. 000 veuvages. Les femmes payèrent aussi un lourd tribut à cette guerre : durant plus de 4 ans, ou toute leur vie pour les veuves, elles assumèrent la lourde charge de faire vivre leur famille. Elles travaillèrent, sans relâche, qui au bureau, qui à l’usine, qui aux champs où elles remplaçaient même les bêtes de trait…

La France souffrit également de pertes matérielles considérables. 11. 000 édifices publics, 62. 000 kilomètres de routes, 350. 000 maisons, 2. 500. 000 hectares de terrains agricoles avaient été détruits… Etc.

« Poilus »…

Les soldats français de la Grande Guerre s’étaient vu attribuer, pour leur courage viril, pour leur bravoure, le surnom familier de « Poilus » qui avait été donné auparavant, à d’autres braves, d’autres soldats valeureux, mais qui, désormais, dans la mémoire collective, désignerait exclusivement les combattants de la Première Guerre mondiale.

Qui étaient-ils, ces héros ?

Des gars, partis fleur au fusil, pour une guerre qu’on imaginait brève, loin de leur ville, leur village, leur hameau, pour défendre leur pays. En fait, des hommes dans la force de l’âge que la guerre arracha pour longtemps à leurs épouses, à leurs fils, leurs filles, leurs parents… et des jeunes aussi, presque des enfants, les « bleuets », dont la guerre vola, confisqua, saccagea la jeunesse. Soldats, les Poilus se battirent pour leur mère patrie, cette France qu’ils nous ont léguée. En grand nombre dans les tranchées, pendant des jours, des semaines ou des mois, ils endurèrent les cruelles morsures du froid, la pluie cinglante et la boue, les attaques de rats, le harcèlement des mouches et des poux quand ils ne respiraient pas l’odeur infecte, l’odeur affreuse, épouvantable de la mort, celle des cadavres d’hommes et d’animaux qui se décomposaient non loin d’eux.

Ils protégèrent nos positions, tentèrent parfois de courageuses percées dans les lignes ennemies. Quelquefois ils fabriquaient des grenades. Et sur eux tout pleuvait, tout : tirs de mitrailleuses, de mortier, de canon, lance-flamme, et comme si ça ne suffisait pas, on leur envoyait les gaz… Et des éclats d’obus éventraient des corps, broyaient des membres, détruisaient des visages.

Ils se battaient. Farouchement. Jusqu’à en mourir.

« Si tu voyais ce pays, ces trous à hommes, partout, partout ! On en a la nausée, les boyaux, les trous d’obus, les débris de projectiles et les cimetières. » écrivit Apollinaire.

Ils connurent la guerre, son bruit et sa fureur… La guerre et sa violence. La guerre et le calvaire qui n’en finit pas. La guerre et la mort. Ils encaissèrent des traumatismes inouïs, éprouvèrent jusqu’à l’intolérable des souffrances morales et physiques, endurèrent l’indicible.

Beaucoup perdirent la vie loin de leur sol natal, loin de ceux qu’ils aimaient… Comme le Lili de Pagnol, certains s’étaient endormis pour toujours sur une terre étrangère et glacée « une balle en plein front avait tranché [leur] jeune vie » et ils étaient tombés « sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont [ils] ne [savaient] pas les noms… » 

D’autres reviendraient, le corps mutilé, estropiés, meurtris, les membres amputés, la « gueule cassée », les yeux brûlés, les orbites creuses… De retour de l’enfer, ceux qui reconstruiraient leur vie sur les décombres du passé porteraient à jamais, la mémoire hantée par des horreurs impossibles à raconter, cette meurtrissure de l’âme qui ne se refermerait pas

Que ce 11 novembre 2018, centenaire d’un jour qui mit fin à tant de souffrances, nous soit une occasion de redire notre admiration et notre gratitude à nos Poilus, qui se sont battus pour la patrie, fût-ce jusqu’au sacrifice suprême.

Cent années ont passé… et nous tendons à oublier, nous, que la paix est fragile, tant elle nous semble aller de soi. Gardons-nous cependant de la croire normale, banale, d’imaginer qu’elle est un dû mais recevons-la, conservons-la comme on fait d’un trésor. Car l’Histoire nous a appris qu’hélas la « Der des Der » ne devait pas être la dernière… L’Histoire nous apprend qu’abjecte et monstrueuse, la Guerre se tapit toujours quelque part, qu’elle reste aux aguets, prête à ensanglanter le monde, prompte à entraîner derrière elle son odieux cortège de malheurs, de ravages et de désolations. Alors, puisque la paix est bonne et douce pour l’humanité, à nous de la protéger sans cesse, de la cultiver, l’ensemencer.

Honorer la mémoire des héros de la Grande Guerre, rester dignes de leurs sacrifices, c’est aussi pour nous, leurs lointains héritiers, le constant devoir de nous faire, patiemment mais opiniâtrement mais sans relâche, des bâtisseurs de paix.

Françoise Potet-Legros

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