Et si les « gilets jaunes »…

Et si les « gilets jaunes » étaient aussi l’occasion de réfléchir à nos déplacements ?

Des milliers de manifestants le le 17 novembre, un mouvement qui continue un peu partout : sans nul doute les Français sont en colère et l’expriment. Cette lutte contre l’augmentation du prix des carburants traduit un mécontentement plus général envers la politique gouvernementale qui ponctionne toujours les plus pauvres et fait des cadeaux aux plus riches. Oui il est plus que nécessaire de dénoncer la cherté de la vie et les effets déshumanisants de l’ultralibéralisme. En ce sens, le mouvement est profondément politique et on le comprend.

Mais pourquoi est-ce justement l’augmentation du prix des carburants et notamment du diesel qui déclenche une telle protestation? On n’a pas vu une telle mobilisation contre la suppression de l’ I.S.F., l’augmentation de la C.S.G., la réforme des retraites et bien d’autres mesurent qui ponctionnent notre pouvoir d’achat. On peut comprendre que c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Néanmoins, il semble nécessaire de voir un peu plus loin. Ce mouvement ne fait pas l’unanimité. Les écologistes qui soutiennent la taxe carbone n’ont pas porté le gilet jaune. Des associations de cyclistes ont manifesté et insisté sur le fait que c’est eux qui portent régulièrement les gilets jaunes pour être vus par les automobilistes, montrant que le vélo était aussi un mode de déplacement.

Ne faut-il pas aussi réfléchir sur la place prise par la voiture dans notre société, obligeant la plupart de nos concitoyens à être tributaires du prix du carburant?
Les statistiques montrent que
les Français font 725 milliards de km par an, la plupart en voiture, les transports en commun ne représentant que 8,1 milliards. Un automobiliste français dépenserait en moyenne 5517 euros par an pour ses déplacements en voiture (source internet: statistiques planetoscope). Bien sûr  ce sont des moyennes. Ce qui est certain c’est que la voiture coûte cher mais elle  est devenue le moyen de déplacement majeur.

Le mode de déplacement automobile s’est imposé petit à petit après les années 50.

Avant la seconde guerre mondiale, il y avait en France 2,4 millions d’automobiles et 9 millions de bicyclettes. Les ouvriers et paysans se rendaient au travail à vélo, on faisait ses courses à bicyclette. Il y avait des trains partout, notamment dans l’Hérault. Puis la voiture est devenue un symbole de liberté et de modernité-avec ma voiture je vais où je veux quand je veux- elle s’est largement développée après guerre pour arriver aujourd’hui à un parc automobile qui dépassent les 30 millions de voitures particulières (32,39 millions en 2017 d’après le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles). Quant au vélo utilitaire, il a pratiquement disparu puisque la part modale des déplacements à vélo en France est inférieure à 2% ; la bicyclette est surtout utilisée pour les loisirs. Les petites lignes de train ont disparu, les transports en commun couvrent à peine 20% des déplacements sur tout le territoire français, sur l’agglomération du bassin de Thau, 5% seulement des déplacements se font en transport en commun.

De plus au cours des dernières décennies, le développement des zones urbaines et périurbaines a engendré un éloignement domicile-travail rendant la voiture particulière quasi obligatoire dans la mesure où il n’y a pas toujours des transports en commun à la hauteur des besoins. L’accroissement des grandes zones commerciales avec la mort programmée du petit commerce favorise également l’utilisation de l’automobile.

Tous les gouvernements qui se sont succédé ont favorisé une politique « tout automobile »

Ce choix politique a rendu les français dépendants de ce mode de déplacement qui finissent par penser qu’on ne peut pas faire autrement. Bien sûr il y a bon nombre de personnes qui n’ont pas d’autre moyen que la voiture particulière pour aller travailler. Cependant, les chiffres montrent que de nombreux déplacements en auto pourraient être évités:

40% des déplacements quotidiens en voiture font moins de 2km ! Certains ont la chance de travailler près de chez eux mais 58% des trajets domicile -travail inférieur à 1 km se font en voiture.

Depuis quelque temps on voit émerger une prise de conscience de la nocivité de cette politique du « tout automobile ».

Actuellement, à Strasbourg, des militants poursuivent leur grève de la faim commencée le 22 octobre pour protester  contre un gigantesque projet autoroutier. Cette autoroute, qui condamne le poumon vert de la ville alsacienne, coûte 553 millions d’euros, des études sérieuses montrent que cet ouvrage détournerait à peine 10% de la circulation. On peut se demander à qui profite un tel projet. Nous perdons tous régulièrement du temps dans les bouchons et pourtant, beaucoup d’entre nous n’ont pas d’autre choix que la voiture. Les transports en commun ont été largement améliorés un peu partout mais pas suffisamment pour dissuader de la voiture. On se retrouve face à un cercle vicieux: les bus ne sont pas rapides aussi parce qu’ils sont pris dans les embouteillages causés par les voitures essentiellement, donc on prend son auto… Même cercle vicieux pour les vélos: ceux qui souhaiteraient enfourcher une bicyclette ne le font pas face à la dangerosité des autos. Malgré le développement des pistes cyclables, la continuité n’est pas souvent au rendez-vous pour permettre la sécurité des cyclistes…..

Pour sortir de cela, il faut à la fois changer de politique et informer les citoyens afin d’amorcer un changement de mentalité. Le travail fait au sein de l’agglomération de  Sète sur le Plan de Déplacement Urbain est à ce titre très intéressant: il montre que la voiture nous envahit, les transports en commun sont peu utilisés et le vélo utilitaire encore moins. Le P.D.U. étudie les solutions alternatives au tout automobile.

Néanmoins, la  voiture particulière est encore perçue comme le meilleur moyen de transport et surtout comme celui qui nous rend libre :le où je veux quand je veux quand je veux est encore très ancré dans les mentalités.


Pourtant le revers de la médaille de cette liberté commence a être bien connue:

– 48000 morts par an en France à cause de la pollution de l’air due en grande partie aux transports. Cette pollution qui fait naître les bébés moins gros et diminue l’espérance de vie. Il faut à cela ajouter les décès par accident.
– La voiture envahit notre espace que ce soit dans les grandes villes ou les petites villes.
–  Enfin, toutes les études, qu’elles soient basées sur les statistiques de L’INSEE de la consommation des ménages ou autres calculs, montrent que
la voiture particulière s’avère être le déplacement de loin le plus coûteux surtout pour les déplacements inférieurs à 80 km. Les chiffres de l’INSEE attestent que la voiture particulière revient réellement en moyenne à 27 ct du km, le carburant représentant le tiers de la dépense,  les transports publics à 13 ct et le vélo à 12 ct (en intégrant tous les équipements nécessaires au vélo utilitaire).
Bien souvent les automobilistes sous-estiment le coût de leur voiture par rapport aux autres modes de déplacement et ceux qui le pourraient, ne se décident pas à tenter les transports en commun. D’autre part on ne mesure jamais assez les avantages du transport collectif: il est moins cher mais apparemment plus chronophage aujourd’hui (en partie à cause de l’excès de la voiture). Cependant, on ne tient pas compte du fait qu’en voiture le temps est perdu alors que dans les transports collectifs bien souvent on peut lire ou travailler ou même développer du lie
n social.
Cette analyse sommaire sans prétention, autre qu’une réflexion citoyenne, montre qu’il serait souhaitable de sortir de cette politique du « tout automobile ».


L’urgence écologique est là, nous avons le devoir d’agir pour arrêter le désastre: la pollution de l’air, de l’eau, des sols tue de nombreuses espèces. toutes les 20mn, une espèce vivante meurt, ce qui fait plus de 26 000 par an, cela est dû en grande majorité aux activités humaines. Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver, elle continuera de tourner, mais la vie sur terre. Nous cassons la branche sur laquelle nous sommes assis.

On peut être pour ou contre la taxe carbone, on peut douter de son utilisation par nos gouvernants puisque le scandale vient d’être révélé: 577 millions d’euros de la taxe carbone ont été siphonnés du budget écologie. Cependant, nous devrions nous mettre d’accord sur l’urgence écologique. Réfléchir ensemble aux moyens à mettre en œuvre pour arrêter le désastre. Luttons contre la ponction faite aux gens les plus démunis, demandons des comptes à nos dirigeants, oui mais sans oublier cette urgence planétaire.


Mettons des gilets jaunes, des bonnets rouges ou des pantalons verts pour tout cela ; demandons la diminution de toutes ces taxes qui nous étouffent mais
réclamons en même temps des meilleurs transports collectifs, des voies cyclables et des trottoirs pour les piétons. La France est très en retard dans le domaine des déplacements par rapport aux pays de l’Europe du nord que ce soit pour les transports collectifs ou les pistes cyclables: la part modale du vélo dépasse dans certaines villes celle de la voiture. A Copenhague 35% des déplacements se font à vélo et 38 % à Münster.
Demandons une subvention pour ceux qui n’ont pas de transports collectifs pour aller travailler en attendant de pouvoir faire autrement comme nos voisins du nord. Réclamons le retour de l’I.S.F., taxons les transports aériens pour financer la transition énergétique.
Nous savons tous qu’il est impossible à l’échelle planétaire de continuer à polluer ainsi, épuiser nos réserves énergétiques pour déplacer une tonne de ferraille  par personne.

Alors, soutenir les revendications des gilets jaunes, oui mais en réfléchissant aussi à nos modes de déplacement et à la société que nous voulons pour nos enfants demain. Il y a urgence à inventer un autre monde,  à sortir de cette politique qui tue l’humain.

Sylvie Vimont Rispoli

 

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