Faut-il, sans broncher, laisser privatiser Aéroports de Paris ?

Aéroports de Paris (ADP), c’est, en France, Orly + Roissy-Charles de Gaulle + le Bourget + dix aérodromes + des parts dans le capital d’aéroports internationaux + des centres commerciaux + une filiale (Hub One) dans la téléphonie. C’est tout ça, ADP !

I ) L’État détient encore plus de la moitié du capital de ADP, qui représente l’un des grands groupes aéroportuaires du monde. Cette majorité du capital (50,63%) a un montant évalué à 9,5 milliards d’euros.

Mais l’État veut réduire sa participation et envisage donc sa privatisation.

A la privatisation d’ADP s’opposent les sénateurs LR et la gauche.

II ) Parlons du vote de mars dernier.

La loi PACTE (sur la croissance et l’activité des entreprises) impliquant la cession d’une partie du groupe ADP a été votée le 16 mars aux environs de 6 heures du matin par… 27 voix pour et 15 contre.

Oui, vous avez bien lu !

En effet, sur les 577 députés siégeant à l’Assemblée Nationale, 45 seulement étaient présents !

Il y eut donc 45 votants et 42 suffrages exprimés.

(Silence dans vos rangs de lecteurs médusés)

III ) Rappelons-nous Toulouse-Blagnac (ATB)

La privatisation d’ATB, 5ème aéroport français, est considérée par beaucoup comme l’exemple à ne pas suivre !

Depuis avril 2015, la holding chinoise Casil Europe détient 49,9 % du capital de la société ATB ce qui signifie qu’elle est minoritaire mais de très peu ! Le reste se répartit entre la région, le département de Haute-Garonne et Toulouse-Métropole et enfin l’État pour 10,01 %.

Or maintenant les Chinois veulent revendre leur part pour au moins 500 millions d’euros, ce qui leur procurerait une plus-value estimée à 200 millions d’euros environ… Une paille, à laquelle s’ajoutent les 40 millions de dividendes encaissés durant 4 ans.

Vinci, actionnaire de ADP, piaffe pour acheter, ainsi que d’autres (selon les dires, une dizaine), le trafic et le chiffre d’affaires ayant sensiblement augmenté.

Pour autant, au niveau local, on fait grise mine car on déplore des promesses non tenues telles que de nouvelles lignes vers la Chine, une participation pour financer la troisième ligne du métro et le nouveau parc des expositions. A noter que les méthodes de gestion mises en place par Casil Europe dès son arrivée n’ont guère été du goût des Conseils départemental et régional, de la Chambre de commerce et d’industrie et de Toulouse-Métropole…

En ce qui concerne la privatisation d’ATB, la Cour des comptes a jugé très sévèrement « le choix d’un montage complexe destiné à servir des intérêts contradictoires » et un processus dont elle dénonce les « insuffisances ».

Cette privatisation validée par E. Macron, est, selon elle, un « échec » à ne pas reproduire.

IV ) Alors, faut-il recommencer avec Aéroports de Paris ?

« Errare humanum est » pourrait-on dire, non sans ajouter la suite : «perseverare diabolicum » (se tromper est humain, persévérer dans l’erreur est diabolique).

Si l’on considère que ADP, dont le trafic augmente de 5 % par an en moyenne, a réalisé en 2018, 610 millions de profits et versé généreusement des dividendes à l’État (pas loin de 10% de rentabilité), on peine à comprendre que cette privatisation annoncée ne ressemble pas à de la dilapidation de patrimoine…

Le député Roland Lescure (économiste et anciennement banquier) défend la privatisation : «  Les dividendes, ça va, ça vient » et prétend : «  Il faut en finir avec le consensus archéo-gaullo-communiste de la vision du rôle de l’État ».

Tenter de ringardiser ainsi et de discréditer la vision que nous avons du rôle de l’État manque d’élégance et surtout de respect envers notre histoire.

Les sénateurs n’ont pas été convaincus : ils ont rejeté ce texte lors d’un vote.

En outre, nombreux sont, selon Alexis Corbière, les Français qui pensent que l’on cherche «  à faire profiter un groupe privé qui va s’enrichir sur le dos de l’État »…

En tout cas, revoici Vinci sur les rangs et en qualité de favori des candidats au rachat !

Chose plutôt rare, Les Républicains et l’UDI font, en la matière, chorus avec la gauche pour s’élever contre la privatisation d’ADP, manifester leur désaccord.

Privatiser ADP est une « aberration économique », un « projet aventureux », une « faute stratégique », etc.

Selon l’opposition, l’État sera privé d’une manne financière, éloigné des décisions stratégiques du groupe et, de plus, la qualité de l’accueil des voyageurs sera moins bonne. Sur France 2 le député des Landes a déclaré : «C’est non seulement une imbécillité sur le plan économique et financier, mais c’est aussi une erreur stratégique majeure parce qu’Aéroports de Paris n’est pas une entreprise comme les autres».

Oui, mais… à la fin des fins, c’est l’Assemblée Nationale qui décidera avec… son écrasante majorité LREM !

V ) Alors, quelles actions nous reste-t-il pour essayer, vaille que vaille, de sauver notre patrimoine ?

Le référendum d’initiative partagée !

On parle d’initiative partagée car ce référendum peut se tenir à la demande de 20 % des députés et sénateurs et 10 % des électeurs.

Pour éviter la privatisation d’Aéroports de Paris, 248 parlementaires de toutes sensibilités politiques ont recueilli 185 signatures leur permettant d’engager la procédure d’organisation d’un référendum d’initiative partagée.

La proposition de loi affirme « le caractère de service public national de l’exploitation des aérodromes de Paris».

Aussitôt, la majorité parle de coup politique, dénonce une « alliance de circonstance », et même se gausse de ladite alliance.

C’est, en tout cas, la première fois qu’est activée cette procédure du référendum d’initiative partagée créé, lui, en 2008.

Maintenant il est question de réunir, en 9 mois, 4,7 millions de signatures par internet afin de dénoncer la privatisation d’ADP.

Nous, citoyens, si nous sommes inscrits sur les listes électorales, nous avons jusqu’au 12 mars 2020 pour soutenir la tenue de ce référendum.

Comment faire ?

– en ligne sur https://www.referendum.interieur.gouv.fr/soutien/etape-1

– se rendre dans la mairie de la commune la plus peuplée du canton et y obtenir l’accès à internet

– se procurer le formulaire papier https://www.formulaires.modernisation.gouv.fr/gf/cerfa_15264.do à remplir dans la mairie de la commune la plus peuplée du canton muni de ses papiers d’identité

Seront rendus publics nos nom, prénom et lieu d’inscription sur les listes électorales.

Le Conseil constitutionnel contrôlera la validité des opérations et examinera réclamations et recours éventuels des électeurs.

Les données personnelles seront détruites 3 mois après la fin de collecte des signatures.

Attention : soutenir le référendum d’initiative partagée n’équivaut pas à la certitude que celui-ci se tienne.

En effet, il n’aurait lieu que dans l’hypothèse où, 6 mois après l’annonce de la collecte des signatures, la proposition de loi ne serait pas examinée par les deux assemblées.

En tout état de cause nous voici devant une procédure inédite…

mais à tenter.

Chiche !

F. P-L

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